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Argentine vs Égypte : et si, derrière les Accusations égyptiennes, les arbitres avaient aussi leurs raisons ?

Pour analyser sereinement la polémique née du match Argentine vs Égypte, il faut d’abord revenir à l’esprit même des Lois du jeu. Les règles du football, établies par l’IFAB, ne sont pas seulement faites pour sanctionner. Elles existent d’abord pour garantir le bon déroulement du jeu, protéger l’intégrité physique et morale des joueurs, lutter contre l’injustice et préserver l’équité sportive. Dans cette logique, une faute n’est pas une simple interruption du jeu : c’est une irrégularité qui empêche l’adversaire de jouer ou de progresser loyalement. La sanction coup franc, penalty, carton jaune ou carton rouge dépend ensuite de la nature, de l’intensité et des conséquences de cette faute. 

Mais il y a un principe fondamental : en voulant corriger une injustice, l’arbitre ne doit pas créer une injustice encore plus grande. C’est là que se trouve toute la difficulté de l’arbitrage moderne, surtout avec la VAR. La VAR n’est pas là pour revoir toutes les petites actions du match. Elle intervient seulement dans des situations majeures : but ou non-but, penalty ou non-penalty, carton rouge direct ou erreur d’identité. Et surtout, la décision initiale de l’arbitre ne doit être changée que s’il y a une erreur claire et évidente.

Dans le cas du but égyptien refusé, l’action part d’une perte de balle argentine. Au départ de l’action, Attia lutte avec Lisandro Martinez et le touche au pied tout en récupérant le ballon. Le contact peut paraître léger, mais il existe. L’arbitre ne siffle pas immédiatement, l’action continue, l’Égypte marque, les Argentins crient à l’injustice, puis la VAR intervient. La VAR a estimé qu’il y avait une faute égyptienne dans la construction de l’action, avant le but de Ziko.

Même si cette faute ne se produit pas juste devant le but, elle est importante parce qu’elle est à l’origine de la récupération du ballon. Autrement dit, sans cette récupération litigieuse, l’action de but n’aurait peut-être jamais existé. La VAR pouvait donc considérer que le but était né d’une possession acquise de manière irrégulière. Dans ce cas, annuler le but revient à réparer l’injustice subie par l’Argentine : le jeu reprend par un coup franc en faveur de l’Argentine.

La deuxième situation, celle qui a provoqué la colère égyptienne, est plus complexe. En fin de match, l’Égypte réclame une faute dans la surface argentine avant le but victorieux de l’Argentine. Mohamed Salah est dépossédé par Alvarez dans la surface. L’action se poursuit ensuite et l’Argentine marque par Enzo Fernandez.

Pour comprendre la décision, il faut regarder non seulement le contact, mais aussi son effet réel sur l’action. Dans le cas de Salah, l’élément essentiel est que le joueur égyptien avait déjà perdu une partie du contrôle du ballon. Le défenseur argentin intervient d’abord sur le ballon, même si le ballon ne s’éloigne pas beaucoup. Salah tente ensuite de le récupérer, et c’est dans cette lutte qu’intervient le contact. Il y a donc bien un contact, mais ce contact n’est pas forcément la cause principale de la perte du ballon.

C’est précisément là que la décision devient délicate. Si l’arbitre considère ce contact comme une faute dans la surface, la conséquence est énorme : il doit annuler le but argentin et accorder un penalty à l’Égypte. Or, un penalty n’est pas une petite réparation. C’est une sanction majeure, qui donne une occasion directe de marquer. Donc, si le contact est jugé trop léger ou insuffisamment déterminant, accorder penalty peut créer une injustice plus grande que celle que l’on voulait corriger.

C’est pourquoi, dans l’esprit de la VAR, la question n’est pas seulement : “Y a-t-il eu contact ?” La vraie question est : “Ce contact constitue-t-il une faute claire, évidente et suffisamment déterminante pour annuler un but et accorder un penalty ?” Apparemment, les arbitres ont répondu non. Ils ont estimé que l’action égyptienne ne présentait pas une erreur claire et évidente justifiant l’annulation du but argentin.

Cela ne veut pas dire que l’Égypte n’a aucune raison d’être frustrée. Au contraire, la frustration est compréhensible, car les deux situations donnent une impression d’incohérence : d’un côté, un contact relativement léger entraîne l’annulation d’un but égyptien ; de l’autre, un contact également discuté dans la surface argentine ne donne pas penalty. C’est cette différence d’interprétation qui nourrit le sentiment d’injustice.

Cependant, parler de match “truqué” est une accusation très lourde. Les faits permettent surtout de parler d’une controverse arbitrale, d’une différence d’appréciation et peut-être d’un manque de cohérence dans l’usage de la VAR. Mais à partir des éléments disponibles, il est plus prudent de dire que l’Égypte a été lésée par une décision discutable, plutôt que d’affirmer qu’il y a eu manipulation volontaire du match.

En résumé, le but égyptien refusé peut se défendre juridiquement parce que la faute intervient dans la récupération initiale du ballon. En revanche, la non-attribution du penalty à l’Égypte peut se comprendre si l’on considère que le contact était mineur, que Salah n’avait pas nécessairement perdu le ballon à cause de ce contact, et qu’accorder un penalty aurait été une réparation disproportionnée.

La vraie question n’est donc pas seulement de savoir s’il y avait contact. La vraie question est de savoir si ce contact suffisait à renverser une décision majeure. Et c’est là que se trouve tout le débat: dans l’équilibre fragile entre réparer une injustice et éviter d’en créer une plus grande.

Moussa RAMDE/DG de CSMédias

Au-delà de la polémique arbitrale, l’Égypte doit aussi avoir le courage de regarder ses propres responsabilités. Mener 2-0 jusqu’à la 79e minute et finir par perdre 3-2 est difficilement compréhensible à ce niveau de compétition. C’est précisément là que se trouve l’une des grandes faiblesses du football africain notamment la difficulté à gérer les fins de match, à conserver un avantage, à rester discipliné tactiquement et mentalement jusqu’au coup de sifflet final. L’Égypte a marqué deux buts valables qui n’ont pas été refusés, mais elle a ensuite encaissé trois buts également valables en l’espace d’une dizaine de minutes. La vraie leçon à tirer est donc claire. Au lieu de se réfugier systématiquement derrière l’arbitrage et de crier au scandale, le football africain doit apprendre à finir ses matchs, à mieux gérer les moments décisifs et à corriger ses propres insuffisances. À ce niveau, la victimisation ne suffit plus ; il faut de la maîtrise, de la lucidité et une vraie discipline jusqu’à la dernière seconde.

Moussa RAMDE

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