La convocation d’Alban Lafont par le sélectionneur ivoirien Emerse Faé pour le prochain regroupement a fait l’effet d’un véritable coup de tonnerre, en particulier au Burkina Faso. Ce choix, désormais acté, suscite de nombreuses interrogations quant à l’identité sportive du joueur, son attachement aux racines et, plus largement, à la politique de gestion des talents binationaux en Afrique de l’Ouest.
Des racines profondément ancrées au Burkina Faso
Né à Ouagadougou d’un père Français et d’une mère Burkinabè, Alban Lafont possède des liens indéniables avec le pays des Hommes intègres. Sa mère, Laurence Ilboudo-Marchal, est une personnalité politique majeure, ayant occupé le poste de ministre de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire jusqu’en décembre 2021.

Bien que le portier du FC Nantes ait grandi en France et évolué dans les catégories jeunes tricolores, le Burkina Faso a longtemps nourri l’espoir de le voir défendre les couleurs des Étalons. La Fédération burkinabè de football (FBF), consciente de son potentiel, avait multiplié les approches, notamment à travers Aristide Bancé, nommé en 2024 au poste de dénicheur de talents binationaux. Ce dernier s’était même déplacé pour rencontrer Lafont, lui offrant symboliquement un maillot national. Hélas, malgré des signaux positifs, les discussions n’ont jamais abouti.
Alors que les supporters burkinabè attendaient une issue favorable, c’est contre toute attente qu’il est convoqué avec les Éléphants de Côte d’Ivoire pour les prochaines journées des éliminatoires de la Coupe du monde 2026. Ce revirement soudain qui fait ressurgir des rumeurs anciennes pose également une question brûlante : pourquoi la Côte d’Ivoire et pas le Burkina Faso ?
Une peur de la concurrence avec Hervé Koffi ?
D’aucuns avancent que le choix de Lafont pourrait s’expliquer par la peur de se retrouver en concurrence directe avec Hervé Koffi, l’actuel dernier rempart des Étalons. En pleine forme, le portier d’Angers enchaîne les prestations solides, figurant dans l’équipe-type de Ligue 1 et se distinguant par ses arrêts décisifs.

Par ailleurs, des sources parfois contestées ont affirmé que Lafont aurait posé comme condition préalable à toute sélection avec le Burkina Faso une place de titulaire. Une exigence perçue comme inadmissible par certains observateurs, au regard du niveau actuel de Koffi. De telles conditions alimentent l’hypothèse selon laquelle le joueur aurait préféré la Côte d’Ivoire, où la hiérarchie des gardiens lui semblerait plus favorable à une prise de pouvoir rapide.
Une affaire de gros sous ?
Autre angle de la controverse, la supposée demande de compensation financière. En décembre dernier, certains médias ont rapporté que l’entourage du joueur aurait exigé une somme importante avant toute intégration à la sélection burkinabè. Mais la FBF a fermement démenti cette rumeur, la qualifiant de « sans fondement » dans un communiqué officiel, tout en dénonçant les atteintes portées à la réputation du joueur.
Il n’en reste pas moins que cet épisode a laissé des traces dans l’opinion publique. Et si la question financière avait effectivement pesé dans la balance ? Si le choix de la Côte d’Ivoire avait été motivé, du moins en partie, par des avantages matériels ? Dans ce cas, la FBF aurait été en droit de rejeter toute demande jugée indécente, considérant que l’engagement en sélection nationale doit relever du patriotisme et non du profit.

Un cas emblématique, un besoin de politique claire
Quelles que soient les raisons réelles de ce choix, ambition sportive, perspectives internationales, considérations personnelles ou matérielles, une chose demeure certaine : seul Alban Lafont détient la vérité.
Cependant, ce dossier met en lumière un enjeu plus large : la nécessité pour les fédérations africaines, et notamment la FBF, de mettre en place une politique claire, cohérente et séduisante à l’égard des joueurs binationaux. Le cas Lafont ne doit pas devenir la norme, mais un signal d’alarme. Il est impératif de définir des critères précis de sélection, d’anticiper les démarches de séduction, et surtout, d’agir avec rigueur et professionnalisme.
Le football, au-delà de son aspect purement sportif, est aussi un théâtre d’identités, d’appartenances et de choix de vie. Le cas Alban Lafont cristallise les frustrations, mais aussi les espoirs d’un football burkinabè en quête de reconnaissance et d’ambition.
À l’heure ou la concurrence entre sélections africaines s’intensifie pour attirer les talents de la diaspora, il devient impératif d’agir avec lucidité, fierté et stratégie. Car, au final, chaque maillot national doit être porté avec conviction, et non par opportunisme.
Rédaction/CS Médias










