Retrait du trophée au Sénégal : Juste Éphrem Zio parle d’un « coup de tonnerre »

Le jury d’appel de la CAF a décidé mardi de transférer au Maroc le trophée de la CAN 2025, pourtant remporté par le Sénégal le 18 janvier 2026. Une décision aussi retentissante que controversée, qui secoue profondément le football africain et suscite une vague de réactions sur le continent. Ancien arbitre international FIFA-CAF, Juste Éphrem Zio n’a pas tardé à monter au créneau, dénonçant un verdict inédit et difficilement compréhensible au regard des règles du jeu.

À ce sujet, Juste Éphrem Zio, ancien arbitre international FIFA-CAF et coordinateur de match, a livré une analyse sans détour. « Cette décision est vraiment un coup de tonnerre. C’est une décision unique, inédite, du jamais-vu dans l’histoire du football. Elle est incompréhensible dans le sens où elle défie toutes les lois et les bonnes pratiques que la CAF et le football lui-même exigent », affirme-t-il d’entrée.

Dans la continuité de son analyse, il s’interroge sur la pertinence même du verdict rendu : « Cette décision n’a aucun sens. Elle a été prise sur la base des articles 82, 83, 84 et 85, mais est-ce opportun ? C’est la question qu’il faut se poser. » Selon lui, ce choix n’honore pas le football africain et nuit à son image à l’échelle mondiale, malgré le potentiel et les talents que regorge le continent.

Interrogé sur l’impact d’une telle décision sur la crédibilité de la CAF, Juste Éphrem Zio se montre catégorique : « Naturellement, c’est une décision qui fragilise la CAF. À part peut-être le Maroc qui se réjouit, tous les observateurs du football sont médusés. » Il estime que ce verdict alimente davantage les suspicions autour de la gestion du football africain et qu’il ne renforce en rien la crédibilité de la CAN.

Au-delà de la CAF, c’est toute l’image du football africain qui est, selon lui, affectée. « Alors que le football africain est un vivier qui produit les meilleurs joueurs et qu’il est en pleine progression, renvoyer une telle image revient à rabaisser les compétences africaines », déplore-t-il. Il souligne également qu’un tel scénario serait difficilement imaginable dans d’autres instances internationales.

Pour appuyer son propos, il rappelle les progrès récents du continent en matière d’organisation : « Les deux dernières CAN, en Côte d’Ivoire et au Maroc, ont été organisées selon des standards proches de la Coupe du monde. Les infrastructures, les transports et l’accueil ont été salués par tous. » Dès lors, conclut-il, aboutir à une décision sur tapis vert qui ne reflète pas la réalité du terrain donne l’impression d’un football africain qui ne s’assume pas.

Juste Éphrem Zio, ancien arbitre international FIFA-CAF et coordinateur de match

Comparant la situation actuelle à celle de 2017 lors des éliminatoires du Mondial 2018, il précise qu’il ne faut pas faire d’amalgame : « En 2017, il s’agissait d’un cas avéré de corruption qui remettait en cause le résultat du match, d’où sa reprogrammation. Ici, nous sommes dans le cadre d’une finale, un match unique qui ne peut pas être rejoué. Les contextes sont totalement différents. »

Enfin, évoquant un éventuel recours du Sénégal devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), Juste Éphrem Zio estime que les Lions disposent d’arguments solides. « L’article 82 concerne une interruption définitive du match, or ici le match a repris après une interruption et est allé à son terme. Selon les Lois du Jeu, les décisions de l’arbitre sont sans appel lorsque le match est terminé. Remettre en cause ce résultat est déplorable. »Pour lui, cette affaire pourrait faire jurisprudence et révéler les limites actuelles des règlements. « Cette situation met en lumière des insuffisances dans les textes et va obliger les instances à mieux codifier les règles pour éviter de tels cas à l’avenir. »

Cette décision continue ainsi de susciter une vive controverse et pose de sérieuses interrogations sur la gouvernance du football africain. Entre incompréhension, indignation et enjeux juridiques, le dossier reste ouvert et pourrait connaître de nouveaux rebondissements sur la scène internationale.

Ousmane Zoungrana

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