_CAN tous les quatre ans : le regard inquiet de Mamadou Dossama_

 

La décision de la CAF de faire passer la Coupe d’Afrique des Nations d’un rythme biennal à une organisation tous les quatre ans continue d’alimenter le débat. Ancien international burkinabè, Mamadou Dossama, qui a vécu la CAN de l’intérieur en 2000 et 2002, n’a pas caché ses inquiétudes.

Pour lui, ce changement dépasse le simple cadre du calendrier. « Le passage de la CAN de deux à quatre ans est une manière d’assujettir davantage le football africain à la FIFA », affirme-t-il sans détour. Selon l’ex-Étalon, le football business a progressivement pris le dessus sur le football populaire, obligeant la CAF à suivre les orientations dictées par l’instance mondiale. « Très dépendante de la FIFA, la CAF ne pouvait que se plier à ses exigences », analyse-t-il.
Mamadou Dossama confie également que cette décision ne l’a pas surpris. « Ce changement était prévisible. On a senti venir les choses à travers une communication bien maîtrisée avant l’annonce officielle », explique-t-il.
La CAF justifie cette réforme par la nécessité d’harmoniser le calendrier international. La CAN organisée tous les deux ans entrait souvent en concurrence avec la Coupe du Monde ou l’Euro, créant des tensions avec les clubs européens, principaux employeurs des joueurs africains. Le passage à quatre ans permettrait ainsi de mieux aligner la CAN sur les cycles FIFA et UEFA.
Un argument économique est aussi avancé : une compétition plus rare serait plus prestigieuse, attirerait davantage de sponsors et générerait plus de revenus à travers les droits TV. Mais là encore, l’ancien international reste sceptique. « Je crains une perte d’attractivité et de visibilité pour notre football », prévient-il.

Mamadou Dossama/ ex international Burkinabè

Au-delà de l’aspect sportif, Mamadou Dossama s’inquiète surtout des conséquences pour le développement du football africain. Selon lui, une CAN moins fréquente risque d’affaiblir son rôle fédérateur et de réduire l’exposition des championnats locaux. Il redoute également un ralentissement des investissements en infrastructures. « Moins d’éditions, c’est aussi moins de projets de stades, de routes ou d’hôtels, qui étaient souvent portés par l’organisation de la CAN », souligne-t-il.
En conclusion, l’ancien Étalon met en garde contre une dépendance accrue vis-à-vis de l’Europe. « En voulant trop s’aligner sur l’Europe, on risque de servir davantage des intérêts étrangers que le développement réel de notre football », conclut-il.

À travers cette prise de position, Mamadou Dossama met en lumière les interrogations et les inquiétudes qui traversent une partie du monde du football africain face à cette réforme majeure. Si la CAF défend une volonté d’adaptation aux exigences du football mondial, l’ancien international burkinabè appelle, lui, à une réflexion plus profonde sur les conséquences à long terme pour le développement, la visibilité et l’identité du football africain.

 

Ousmane Zoungrana

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